Lutte physiologique  - La taille tardive, une technique à réserver aux parcelles gélives

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En viticulture, la pratique de la taille tardive se développe. La technique permet de retarder le débourrement des bourgeons et constitue un levier supplémentaire à actionner pour limiter les dégâts de gel. Elle présente également quelques contraintes notamment en termes d’organisation. Résultats d’essais en Bourgogne.
 

L’université de Bourgogne, mène depuis 2021 des expérimentations sur la taille tardive en partenariat le domaine viticole de Claire Naudin-Ferrand. Des essais ont été conduits en Hautes Cotes de Beaune, à Magny-les-Villiers sur une parcelle en chardonnay et pinot noir en 2021 et 2022. « Trois modalités ont été comparées : un témoin avec une taille classique en prédébourrement de la vigne (fin février), et deux tailles plus tardives, précédées d’une prétaille en février : une taille effectuée légèrement avant le débourrement (fin mars) et une taille réalisée une semaine à 15 jours après débourrement. « Au moment de la prétaille, seuls deux bois (1 courson et 1 baguette à 8 / 10 yeux) sont conservés sur le chardonnay conduit en guyot simple et 4 bois sur pinot noir, conduit en guyot double » , explique Benjamin Bois, maitre de conférences en viticulture et climatologie à l'Institut Universitaire de la Vigne et du Vin. Les résultats montrent bien un décalage de phénologie par le biais de la pratique de la taille tardive : « si on considère tous les bourgeons, l’écart observé dans ces essais est de 6 jours de retard de débourrement pour la taille la plus tardive, et si on ne considère que les bourgeons de la base, l’écart est de 8 jours tant sur chardonnay que sur pinot noir ».

En 2021, le vignoble n’avait pas été gelé, en 2022, le gel a été davantage présent, et les essais n’ont pas présenté de dégâts de gel. « En 2022, nous avons noté sur le témoin 10% de bourgeons touchés par le gel à la base des baguettes, 5% pour la taille « moyennement tardive » et 0% pour la taille tardive », résume-t-il. Aucune différence significative n’a été mise en évidence entre les trois modalités pour les autres paramètres suivis : qualité et quantité du raisin. « Pour l’aspect vigueur, il était encore trop tôt pour l’étudier, mais nous allons effectuer sur l’année 2023 les premières analyses de diamètre des bois de taille, et regarder la mise en réserve, avec l’amidon et les teneurs en carbohydrates totaux ».
 

Tardive mais pas trop

La chambre d’agriculture de Côte-d’Or a poursuivi en 2022 les essais sur la taille tardive en deux temps comme moyen de lutte contre le gel. L’objectif est de retarder la taille, mais sans excès.

« En 2022, nous avons mis en place différentes modalités pour comparer plusieurs dates de taille, avec toujours un démontage précoce et un plumage tardif, en faisant notamment une différence selon que la baguette était ou non pliée », explique Thomas Gouroux, conseiller viticole à la CA 21. Le but était de voir si le pliage à différentes dates induisait différentes dates de débourrement. «  Pour cette première année d’expérimentation, nous n’avons pas constaté de différence entre baguette pliée ou non sur la date de de débourrement. Tout ce que l’on peut dire, c’est que la baguette non pliée permet d’avoir un bourgeon plus haut, donc moins sensible au gel ». Par contre les essais et les retours d’expériences des viticulteurs ont confirmé qu’il ne faut pas plier la baguette trop tard. « Le pliage de la baguette n’est pas forcément à mettre en avant pour limiter les dégâts de gel. Coucher les baguettes trop tardivement blesse les bourgeons et peut faire plus de mal que de bien. Au-delà du stade pointe verte, les bourgeons sont très sensibles, quand on vient plumer trop tardivement, on saigne la vigne, on prend le risque de diminuer la vigueur et le rendement, notamment sur les vieilles vignes. La taille tardive n’est pas une taille à effectuer sur l’intégralité des domaines viticoles, il faut être particulièrement vigilant sur vieilles vignes ou vignes gelées ». C’est une technique à réserver aux parcelles « historiques » gélives et sans problèmes de vigueur, ou à des secteurs très précoces ou sur des vignes à très forte valeur ajoutée. "Et elle n’est pas forcément à pratiquer tous les ans. Il ne faut pas remplacer une problématique par une autre, et entrer dans une spirale, amenuiser petit à petit les réserves de la vigne. Protéger du gel c’est bien, mais attention à ne pas tuer la vigne à petit feu », estime Thomas Gouroux.

Côté organisation, la taille tardive prend entre 30 à 40 % de temps de supplémentaire, et nécessite de mobiliser de la main-d’œuvre à une période ou d’autres travaux ont commencé. Cette contrainte n’est pas négligeable. « Certains domaines, très organisés, peuvent descendre à 25% de temps supplémentaire, le plus souvent en effectuant le démontage entre la mi-novembre et la mi-février par l’équipe du domaine, puis le tirage des bois par des saisonniers. Le plumage, qui ne nécessite pas de sécateur électrique est aussi souvent délégué », signale-t-il.

La taille tardive est une partique à réserver aux parcelles « historiques » gélives et sans problèmes de vigueur

Précaution. La taille en deux fois est déconseillée sur les parcelles peu vigoureuses par les techniciens dela chambre PACA car elle demande à la vigne de mobiliser ses réserves deux fois pour effectuer deux débourrements (bourgeons de l’extrémité puis de la base des baguettes). "Si cette technique est mise en place, il peut être intéressant de supplémenter la fertilisation azotée de 5 à 10 unités d’azote afin d’accompagner ce double débourrement".

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