Fongicides - Le lait contre l’oïdium ?

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Le lait de vache, approuvé comme substance de base en 2020 contre l’oïdium en viticulture, montre des résultats intéressants, avec néanmoins quelques bémols. Le point avec Agnès Boisson de Biobourgogne.

Le lait de vache a été approuvé par la réglementation européenne comme substance de base en juillet 2020, avec une fonction fongicide contre l’oïdium en viticulture. L’emploi du lait en vigne n’est pas une nouveauté et montre des bons résultats, malgré quelques points négatifs. « Dans le cadre du projet bas intrant financé par le BIVB, nous suivons un domaine de Côte-d’Or qui traite ses vignes de chardonnay avec du lait écrémé depuis 2015 dans l’objectif de réduire les doses de soufre, voire de substituer totalement le lait au soufre, comme c’est le cas ces dernières années », indique Agnès Boisson, conseillère viticulture à Biobourgogne.

En 2019 et 2020, années à forte pression oïdium en Bourgogne, les résultats de ce domaine sont intéressants. « Aucune perte de récolte n’a été constatée malgré une pression maladie élevée, avec une protection oïdium uniquement réalisée au lait. Ils n’utilisent plus du tout de soufre. Sur feuilles et grappes, la fréquence de taches est plus ou moins importante, mais l’intensité est restée faible. La qualité de récolte n’a pas été impactée », explique-t-elle.

Zéro soufre, 100 % lait

En 2020, la protection anti-oïdium a comporté onze traitements uniquement avec du lait, alors que pour référence la moyenne des viticulteurs bio en Côte-d’Or était de neuf traitements. Les modalités d’application sont de 500-800 l/ha à 20 % de lait dans la bouillie.

« Le succès de cette protection avec uniquement du lait est fortement lié au fonctionnement et à l’organisation des traitements sur le domaine : les traitements sont déclenchés rapidement et réalisés vite. Point très important, les traitements sont effectués avec une bonne qualité de pulvérisation, avec un pulvé Précijet, ce qui permet de modifier les volumes par hectare. Ce domaine pratique également un effeuillage très précoce, effectué au moment de la floraison. Et lorsque les observations, nombreuses, détectent des taches, un traitement est réalisé rapidement avec un volume de bouillie par hectare élevé pour “lessiver” l’oïdium. Ce fonctionnement n’est pas accessible à tout le monde, il faut rester prudent, d’autant que tous les viticulteurs n’ont pas la même acceptation du niveau de la maladie dans les parcelles. Dans ce cas précis, ce domaine a appris à vivre avec l’oïdium. En fin de campagne, sur feuilles, la fréquence de la maladie peut être assez importante (76 %) avec une intensité de 8 %, mais sans problème de rendement, sans défoliation précoce qui peut gêner la maturité comme on peut le voir avec le mildiou. Sur grappes, l’intensité de l’oïdium demeure très faible (1 % seulement), même en année à forte pression, et en sachant que les vignes (de chardonnay) sont dans des secteurs historiques à oïdium. »

Un mode d’action inconnu

Le mode d’action du lait demeure inconnu. « Il est probable que le mode d’action du lait soit plutôt dû à une action mécanique. Dans le lait, les molécules grasses agissent comme une barrière qui bloquerait le mycélium à la surface de la pellicule raisin. Après chaque traitement au lait, on constate visuellement que l’oïdium noircit », note Agnès Boisson.

Quant au coût du traitement, il est élevé. Le prix lait bio obtenu auprès d’un éleveur local est de 0,35 euro par litre. Se pose également la question de la cohérence de l’utilisation d’un produit alimentaire, même local, à mettre en balance avec celle d’un produit comme le soufre. Ainsi que des questions de logistique (approvisionnement en lait, stockage).

« Le lait est un produit alimentaire à la différence du petit-lait qui est considéré comme un sous-produit », rappelle la conseillère. En 2019, Biobourgogne a mené des essais de produits alternatifs au soufre en microparcelles sur chardonnay à Meursault (Côte-d’Or), sur un secteur sensible à la maladie. Deux modalités ont intégré le lait écrémé, sur la base des pratiques développées au sein du domaine de Côte-d’Or, avec un volume de 240 l/ha.

Une modalité a été traitée avec du lait écrémé de vache dosé à 20 % de la bouillie durant toute la saison. Aucun soufre n’a été appliqué. Une autre modalité a aussi été traitée au lait écrémé de vache dosé à 20 %, mais seulement en pré- et post-floraison.

Le millésime 2019 a été marqué par la présence de symptômes d’oïdium très tôt en saison, dès le stade 4/5 feuilles étalées. Par la suite, et durant toute la saison, l’activité d’Erysiphe necator a été élevée. Les deux modalités lait ont montré une efficacité de protection supérieure à 90 % sur grappes par rapport au témoin non traité. Un résultat à relativiser : « Nous avions également dans cet essai une modalité de soufre appliqué uniquement à la floraison (trois traitements seulement), qui montrait déjà 72 % d’efficacité. La plus-value du lait est bien là mais à discuter, en regard notamment de la rentabilité. Quoi qu’il en soit, il se passe “quelque chose” avec le lait et il serait intéressant que la recherche fondamentale se penche sur la question, pour, pourquoi pas, trouver d’autres pistes pour le biocontrôle. »

À savoir
• Le lait de vache a été approuvé par la réglementation européenne comme substance de base en juillet 2020, avec une fonction fongicide contre l’oïdium en viticulture, pour le traitement des parties aériennes. Il est également autorisé en agriculture biologique. La fiche d’usage, consultable sur le site Internet de l’Itab, précise un usage du stade 1er rameau au stade fermeture de la grappe, avec 3 à 6 applications espacées de 6 à 8 jours à une dose de 10 à 120 g de substance active par hectare.
• Le petit-lait, lui, est considéré comme un sous-produit.

Article paru dans Viti 458 de février 2021

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