Botanique - Connaissez-vous ces espèces exotiques qui envahissent les vignes ?

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Érigéron du Canada ou de Sumatra, ailante faux vernis du Japon : ces plantes ont en commun d’avoir été introduites sur notre territoire… et de s’y être largement acclimatées. Au point de devenir envahissantes. Qui sont-elles ? Quels risques représentent-elles pour la viticulture ? Comment agir ? État des lieux avec Guillaume Fried, botaniste et chercheur à l’Anses.

Arrivées par bateau, par avion, par la route… comme passagers clandestins ou introduites volontairement, les espèces exotiques envahissantes ont pour caractéristique commune d’avoir réussi à s’implanter sur notre territoire. Malheureusement, ces plantes perturbent les écosystèmes et, par compétition ou par hybridation, elles peuvent contribuer à la disparition d’espèces locales. Elles provoquent des pertes de production pour l’agriculture et engendrent des coûts pour leur destruction. Leur impact peut aussi être sanitaire : allergies, réservoir de maladies, voire tremplin d’accès pour de nouveaux ravageurs. La viticulture n’est pas épargnée.

Un exemple récent concerne le fulgore tacheté (Lycorma delicatula) aux États-Unis. Cet insecte piqueur originaire de Chine est présent dans une douzaine d’États du nord-est du pays et affectionne particulièrement l’ailante glanduleux. Mais il se nourrit également de la sève de la vigne qu’il peut entraîner sur la voie du dépérissement. Or, l’ailante fait partie des plantes ayant réussi à s’implanter en France. Le problème pourrait donc potentiellement traverser l’Atlantique.

Rôle protecteur de l’enherbement

Face à ces menaces, la vigilance reste la meilleure arme. Les techniques d’entretien du sol ont aussi un rôle à jouer. La présence de sol nu fait que les parcelles cultivées et les bords de rivière sont plus sensibles face à l’implantation de ces envahisseurs. Les pratiques agroécologiques comme les couverts végétaux ou l’enherbement vont donc jouer un rôle protecteur et diminuer le risque d’invasion. Les pratiques culturales influencent aussi la flore : le désherbage chimique, par exemple, va favoriser la plante pionnière qu’est l’érigéron, tandis que le travail du sol va aider la dispersion du sorgho d’Alep par ses rhizomes.

Six espèces envahissantes présentes dans les vignes en France

Érigéron de Sumatra (Erigeron sumatrensis)

Aussi appelée vergerette, cette espèce est désormais majoritaire dans le Sud de la France et supplante progressivement l’érigéron du Canada. Par sa grande taille (plus de 2,50 m), il peut représenter une concurrence pour la vigne et une gêne à la vendange. Sa fructification est abondante : elle peut dépasser 200 000 graines par individu, qui seront dispersées par le vent jusqu’à des centaines de mètres. Des populations résistantes au glyphosate ont été repérées, notamment dans le Gard.

Sorgho d’Alep (Sorghum halepense)

Comme son nom l’indique, le sorgho d’Alep provient du Moyen-Orient mais il a été introduit en France avant l’an 1500. C’est donc un archéophyte. Très commun dans le Sud de la France, il commence à remonter vers le Nord à la faveur du changement climatique (où il devient néophyte). Ses rhizomes et des levées échelonnées le rendent difficile à contrôler dans les parcelles.

L’ailante glanduleux ou faux vernis du Japon (Ailanthus altissima)

Importé en France au XVIIe siècle pour les alignements urbains et pour l’élevage du ver à soie, l’ailante glanduleux rejette de souche et drageonne vigoureusement. Sa présence est relativement anecdotique dans la vigne, mais s’il s’installe dans une parcelle, notamment entre les ceps, il va être difficile à déloger. Une lutte collective incluant les parcelles voisines infestées peut être nécessaire.

Ambroisie (Ambrosia artemisiifolia)

Arrivée d’Amérique du Nord à la fin du XIXe siècle, l’ambroisie à feuilles d’armoise s’est progressivement étendue à la partie Sud de la France, avec des zones plus ou moins infestées. Les Charentes et la Côte-d’Or font office de zones de front actuellement. Le principal problème lié à cette plante est sa production de pollen très allergisant et allergène, avec un pic pendant la période des vendanges, de mi-août à septembre. Il est recommandé de la détruire dès qu’elle est repérée. Dans les milieux cultivés, elle est particulièrement fréquente dans le tournesol, mais sa présence n’est plus anecdotique dans les vignes.

Datura stramoine (Datura stramonium)

Le datura est une solanacée originaire du Nouveau Monde naturalisée partout en Europe de nos jours. À l’inverse de ses cousines les pommes de terre et les tomates, le datura est entièrement toxique : tige, feuilles, fleurs et graines contiennent des alcaloïdes puissants. Tachycardie, dilatation des pupilles, sueurs, hallucinations, pertes de conscience sont les symptômes associés avec l’ingestion ou l’inhalation de cette plante. Sensible au gel, elle contamine plutôt les sols riches en azote dans les cultures annuelles de printemps (maïs, tournesol), mais elle peut aussi se développer dans les parcelles viticoles car elle apprécie les sols sableux. L’arrachage, le désherbage chimique ou mécanique sont relativement efficaces, mais ses levées très échelonnées en font une plante difficile à éradiquer.

Une trentaine de plantes listées comme invasives en Europe
« Sur environ 7 000 espèces de plantes supérieures répertoriées en France métropolitaine, on estime que 2 000 ont été introduites, dont environ 800 sont naturalisées et 1 200 encore instables (disparues ou pas encore naturalisées) », indique Guillaume Fried. Selon la réglementation européenne, seules 36 espèces végétales sont considérées comme envahissantes, dont 25 plantes terrestres (comme l’ailante). La liste doit bientôt s’enrichir de six espèces végétales supplémentaires.
Une stratégie nationale a été adoptée en France en 2017. Elle repose sur l’interdiction de l’entrée sur le territoire ou l’interdiction d’introduire dans le milieu naturel les espèces les plus préoccupantes. En parallèle, des actions de gestion des espèces et de restauration des écosystèmes sont soutenues. Un plan d’action est venu actualiser cette stratégie pour la période 2022-2030. Il prévoit le renforcement des contrôles et de la sensibilisation de tous.

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